mercredi 10 janvier 2018

Et si je vendais mon entreprise aux salariés ?

Une des premières questions à se poser en matière de transmission, est de savoir si la cession aux salariés est possible. Connaissant très bien ses salariés et leurs compétences, le chef d’entreprise cédant peut s'interroger sur cette question.




Quelles sont les bonnes questions ?
  • Comment leur en parler en confidentialité et en confiance sans que ce sujet souvent tabou puisse les gêner ? Il y a-t-il un ou plusieurs salariés intéressés par le challenge de la reprise de la société ? Quelles sont leurs interrogations, leurs motivations, leurs attentes ?
  • Seraient-ils capables de s'entendre et porter un projet de reprise commun ? Quel est celui ou celle en mesure d'en assurer le leadership ? Sont-ils conscients et prêts à assumer toutes contraintes et responsabilités du dirigeant mandataire de l’entreprise ?
  • Sont-ils capables de mobiliser leur épargne personnelle pour constituer un apport significatif pour être crédible auprès des banques ? Sont-ils conscients de la portée d'un emprunt bancaire pour financer la reprise avec l'exigence future de résultats et de rentabilité de l'entreprise pour faire face à cet endettement ?
  • Quelle serait la base de valorisation de l'entreprise ? Quel serait le schéma du financement de l’acquisition ? Faut-il envisager un crédit vendeur du cédant ? Dans quelles conditions ?

La cession aux salariés n'a pas le droit à l'échec

Attention à ne pas créer un problème, faire naître de faux espoirs ou démotiver les salariés si la cession n'est pas à leur portée financière, trop compliquée ou trop risquée. Il faut mener une réflexion sereine et dépassionnée avec un grand souci de discrétion et confidentialité. L'objectif est de s'assurer de la faisabilité de l'opération car la cession aux salariés n'a pas droit à l'échec et ne doit jamais se transformer en cadeau empoisonné. Que faire si le situation financière ne permet pas de faire face aux engagements ou si une échéance de loyer est impayée ?

Le cédant a aussi un devoir moral d'accompagnement plus important dans le schéma de transmission en interne. Mais il est bon qu'il sache rapidement prendre du recul pour faciliter les initiatives des nouveaux dirigeants qui apportent du sang neuf, une nouvelle vision et impulsion à l'entreprise.
Il faut tout mettre sur la table et évacuer tous les "non-dits", autant du côté du chef d'entreprise que des salariés. Une bonne solution pour traiter ces questions est de faire appel à un professionnel extérieur familiarisé avec les transmissions d'entreprises (avocats spécialisés, intermédiaires en cessions d'entreprises, experts comptables,...).
La concertation est riche d'enseignements et elle permet de savoir si la cession en interne est possible. Si ce n’est pas le cas, elle va acter la nécessité de trouver un repreneur extérieur. Les salariés peuvent parfaitement le comprendre et seront rassurés de savoir qu’une démarche sérieuse de recherche de repreneurs extérieurs est engagée pour assurer la pérennité de leur entreprise et des emplois. Dans tous les cas, le cédant doit anticiper et agir le plus tôt possible pour la transmission de sa société et ne jamais hésiter à se faire aider.  
Jean-Yves Lestrade, conseil et rapprochement d'entreprise (Grand Est)